“On perd des années en n’étant pas capable de perdre des heures. »
Amos Tversky
On me dit que nos enfants sont tellement habitués au speed watching qu’ils n’arrivent plus à être lents.
Quelle tristesse.
Je disais l’autre jour l’importance de savoir encore passer sa main sur le relief du monde et je pense qu’il faut savoir regarder lentement, observer. Le regard lent c’est de l’amour.
Je reviens cette semaine avec une nouvelle fournée à cuisson lente de bouchées contemplatives glanées sans hâte sur mes chemins de pages.
Et pour commencer j’ouvre cette lettre avec l’une des papesses de la sublime lenteur : Virginia Woolf.
La beauté était partout
Regarder une feuille frémir sous le souffle de l’air était une joie exquise. Haut dans le ciel, des hirondelles fondaient, viraient, se lançaient de tous côtés, tournaient en rond et encore en rond avec pourtant une maîtrise toujours parfaite comme si elles étaient retenues au bout d’élastiques ; et les mouches qui montaient et retombaient ; et le soleil qui désignait tantôt une feuille tantôt une autre, par moquerie, l’éblouissant d’or pâle par simple bonne humeur ; et parfois un carillon (c’était peut-être une voiture qui cornait) venait tinter divinement sur les brins d’herbe — tout cela, calme et raisonnable pour ainsi dire, formé finalement de choses ordinaires, était désormais la vérité ; la beauté était désormais la vérité.
La beauté était partout.
Virginia Woolf
La leçon des sommets, les bonheurs et 3 autres bouchées contemplatives
Les bonheurs
Il est des bonheurs dont on se dit qu’il faut les préserver de l’oubli non pas parce qu’ils sont grands ou extraordinaires, mais parce qu’ils sont contagieux. On les note parce que tout d’abord on les a ressassés cent fois. Les remémorations qui engagent peu à peu notre volonté procurent une chaleur qui ne procède plus de leurs contenus. Insensiblement, ils se sont narrés au fond de nous tout seuls. Une étrange cuisson les a perfectionnés. Nous nous disons en les examinant comme les moments du passé étaient capables de communiquer leur énergie et leurs joies, quand nous les relirons, ils répéteront leur pouvoir. Alors, une fois que nous nous serons placés sur leur orbite, nous deviendrons plus heureux…
Pascal Quignard, sur le jadis
La porte des poètes
Le poète vit et écrit à la lisière entre l’expérience intérieure profonde et les révélations du monde extérieur. Une fois cette frontière atteinte, il n’y a plus de retour possible ; un nouveau territoire se dévoile, et ce qui a été dit ne peut être retiré.
La discipline de la poésie réside dans l’écoute de soi-même énonçant des vérités difficiles, dont on ne peut plus se détourner.
La poésie est une brèche vers la liberté. En un sens, tous les poèmes sont bons ; ils sont tous des emblèmes de courage et de la tentative de dire l’indicible. Mais seuls quelques-uns parviennent à toucher à la fois à l’universel et au personnel, à créer une porte à travers laquelle d’autres peuvent, dans le souffle de quelques lignes brèves, entrer dans des royaumes jusque-là inaccessibles.
David Whyte
La mousse
La mousse est le manteau de Dieu, dont il déchire des pièces pour les jeter sur les épaules frileuses des morts. Cette floraison timide qui ne va pas jusqu’aux fleurs, cette échine vert-de-gris d’un muret, la flatter de la main, c’est faire entrer dans son cœur la pensée qui délivre de toutes pensées, le consentement à vivre donc à perdre.
Christian Bobin
La leçon des sommets
Telle est la leçon des sommets. Si quelque jour le petit garçon descend de sa montagne merveilleuse pour aller rencontrer la vie dans les plaines, la vie, ce souvenir d’enfance mal mis au point, il trouvera les plaines privées de prodiges et il ne comprendra plus.
Vivre ? Qui lui donnera la recette ? C’est un professeur de miracles qui a fait son éducation.
Alexandre Vialatte, La complainte des enfants frivoles.
Curieuse personne cette Mirjam
Curieuse personne d’ailleurs, cette Mirjam ! Un type comme je n’en avais jamais vu. Une beauté si insolite qu’on ne peut la saisir au premier regard, une beauté qui rend muet celui qui la contemple et éveille en lui une impression inexplicable, une sorte de léger découragement.
Je me disais, tandis que je la voyais devant moi par la pensée, que ce visage devait être construit selon des canons perdus depuis des millénaires.
Gustav Meyrink, Le Golem

Qui es-tu ?
Que deviens-tu ?
Que dois-tu savoir ?
Il arrive un moment où la vie cesse d’être une promesse et devient une urgence.
Un moment où tu vois, sous tes yeux, la nostalgie et le futur se disputer ton présent.
Un moment où la vie, après t’avoir porté te demande de pointer une direction.
Un moment où après avoir été une addition elle devient une soustraction.
Un moment où elle t’agrippe et te dit : “vis tu par défaut ou par choix ?”.
Un moment où elle te demande d’arrêter d’être un spectateur et te met au pied du mur.
Un moment où tu choisis de ne plus la rêver.
Un moment où tu comprends que repousser l’essentiel, c’est choisir le superflu.
Un moment où tu poses un Second Act. Découvrez Second Act, mon cabinet de coaching et de transition de vie, un passeport de sérénité pour la deuxième partie de vie.
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Les Screenthoughts de la semaine
Petit adage d’économiste
Raisonner un préjugé
Les bonnes questions Vs les grandes questions
Signe des temps et temps des signes
J’ai été surpris par la qualité des dialogues parodiques de Therapy Speak dans Zootropie 2. A-t-on atteint le pic du Therapy Speak ? Le truculent Scott Galloway met son grain de sel (poivre ?) dans un débat de plus en plus mainstream.
“Maman, le salon a disparu.” Signal faible, le salon en tant que pièce disparait...De là à dire que nous n’arrivons plus à faire société…Même à la maison…
Le Carnet de Tendance 2026 de Pinterest, Pinterest Predict est toujours aussi distinctement bon.
Des années que j’en discute dans la lettre, le débat pessimisme-optimisme est un spectre. Certains voient dans la couleur de l’année 2026 Pantone “Cloud Dancer” une preuve du néant. Je préfère y voir une page blanche. À suivre.
Pire.prédiction. sur. l’IA : check.
C’est tout pour cette semaine, je vous retrouve la semaine prochaine pour la septième édition (si si) des désormais célèbres phrases qui ont fait sens cette année.
D’ici là, gardez le cap. 🧭
Waloyo Yamoni, nous surmontons le vent.
Cette newsletter est avant tout un projet de coeur. De nombreuses personnes et sociétés me demandent souvent : comment travailler ensemble ? La première façon : “Second Act”, mon cabinet de coaching spécialisé en accompagnement des transitions pro ou perso. Vous pouvez également me solliciter pour des Keynotes en entreprise sur les Soft Skills élégants: le sens du futur, les secrets de l’audace, la curiosité, l’esprit du débutant, l’émerveillement, l’impact, la loyauté, l’art de la conversation etc. Ainsi que des ateliers et séminaires exclusifs pour les comités de direction. Je garde également une activité de conseil en positionnement et en identité d’entreprise issue de mes anciennes activités chez Google, Reuters et Dow Jones. Elle me permet de produire, pour les marques et les entreprises des positionnements ou des contenus uniques, aussi différenciés que des guitaristes punks dans un orchestre de mariachis.







