La lettre de Umanz : ✍️ Réussir l'après-succès
Il m’aura fallu des années d’expérience autour du Cabinet Second Act et de Umanz pour réaliser que nous sommes dans une culture des premières parties de vie.
Et il faut nommer ce à quoi on essaye d’échapper car cette culture dévore le monde.
C’est en discutant avec le légendaire Clément Marcelet qui a ouvert le premier bureau AirBnB en France, que nous avons décidé d’écrire cet essai sur l’Après-Succès. Un essai, qui n’est pas uniqement destiné aux sportifs, athlètes et superstars mais à l’ensemble des gens qui, comme vous peut être, ont eu un jour l’intuition que les vrais succès de vie se nichent dans l’Après-Succès.
Que la vraie réussite commence quand nos identités cessent d’être validées par l’extérieur.
Avant de partager l’essai de la semaine, le petit texte méditatif de la semaine nous amène du côté de Saint-Exupéry qui nous parle d’un désir inviolable, surtout en deuxième partie de vie, celui de liberté.
Il nous rappelle un message essentiel de la quête de sens dont j’ai fait mon obsession et ma deuxième partie de vie, nous cherchons tous : “l’étendue qui nous accomplira”.
NB : Toute ressemblance avec le monde du travail est bien évidemment fortuite.
Les gazelles de juby
Mais je revoyais surtout mes gazelles: j’ai élevé des gazelles à Juby. Nous avons tous la bas, élevé des gazelles. Nous les enfermions dans une maison de treillage, en plein air, car il faut aux gazelles l’eau courante des vents, et rien autant qu’elles, n’est fragile.
Capturées jeunes, elles vivent cependant et broutent dans votre main. Elles se laissent caresser, et plongent leur museau humide dans le creux de la paume. Et on les croit apprivoisées. On croit les avoir abritées du chagrin inconnu qui éteint sans bruit les gazelles et leur fait la mort la plus tendre…
Mais vient le jour où vous les retrouvez, pesant de leurs petites cornes, contre l’enclos, dans la direction du désert. Elles sont aimantées. Elles ne savent pas qu’elles vous fuient. Le lait que vous leur apportez, elles viennent le boire. Elles se laissent encore caresser, elles enfoncent plus tendrement encore leur museau dans votre paume...
Mais à peine les lâchez vous, vous découvrez qu’après un semblant de galop heureux, elles sont ramenées contre le treillage. Et si vous n’intervenez plus, elles demeurent là, n’essayant mème pas de lutter contre la barrière, mais pesant simplement contre elle, la nuque basse, de leur petites cornes, jusqu’à mourir.
Est-ce la saison des amours, ou le simple besoin d’un grand galop à perdre haleine? Elles l’ignorent. Leurs yeux ne s’étaient pas ouverts encore, quand on vous les a capturées. Elles ignorent tout de la liberté dans les sables, comme de l’odeur du mâle. Mais vous êtes bien plus intelligent qu’elles. Ce qu’elles cherchent vous le savez, c’est l’ étendue qui les accomplira. Elles veulent devenir gazelles et danser leur danse. A cent trente kilomètres à l’heure, elles veulent connaître la fuite rectiligne, coupées de brusques jaillissements, comme si, çà et là, des flammes s’échappaient du sable. Peu importe les chacals, si la vérité des gazelles est de goûter la peur, qui les contraint seules à se surpasser et tire d’elles les plus hautes voltiges! Qu’importe le lion si la vérité des gazelles est d’être ouvertes d’un coup de griffe dans le soleil ! Vous les regardez et vous songez: les voilà prises de nostalgie. La nostalgie c’est le désir d’on ne sait quoi... Il existe, l’objet du désir, mais il n’est point de mots pour le dire.
Et à nous, que nous manque t-il?
Réussir l’après-succès : 5 leçons à retenir
Digérer le succès est parfois plus dur que de digérer l’échec et peu de gens écrivent dessus. C’est pour cela que les personnes qui ont connu, jeunes, un immense succès comme des sportifs, des artistes célèbres, des patrons de startups ou des enfants-stars se retrouvent démunis lorsqu’il s’agit de tourner la page.
Surtout lorsque la page était magnifique et surtout lorsqu’elle était devenue toute l’identité de la personne. On parle souvent dans ces cas là de “mort symbolique.” Dans les termes de notre confrère Chip Conley, spécialiste de la deuxième partie de vie, rien n’est plus difficile que de passer de VIP à PIP (Previously Important Person).
Pourtant s’il est une leçon essentielle de la deuxième partie de vie c’est que les talents ou qualités qui vous ont porté au sommet de la première montagne ne vous aideront pas forcément (et parfois bien au contraire) en deuxième partie de vie.
Alors, comment gérer l’après succès quand, comme l’indiquent de nombreuses personnes accompagnées en deuxième partie de vie : “Rien n’arrive à la cheville de ce que j’ai connu en première partie de vie.”
ou dans les mots du quintuple Champion du Monde Camille Lacourt :
“Atteindre le sommet d’une carrière peut ressembler à arriver au sommet d’une montagne ; une fois en haut, tous les pas suivants semblent être de la descente.”
Comment franchir avec succès l’après-succès ? C’est ce que nous avons essayé de décrypter en 5 leçons clés :
Recréer de l’Interdépendance
On ne devient soi que par l’autre. L’une des premières clés de l’après-succès consiste à recréer autour de soi un réseau de connexions fiables et bienveillantes, non pas ces gens qui vous aimaient pour votre prestige, vos succès, vos largesses ou votre compte en banque, mais des gens qui dépendent de vous et du meilleur de vous-même.
Il peut s’agir de vos enfants, de votre conjoint, d’une communauté ou d’une cause sur laquelle vous allez choisir de vous investir. Le deuxième succès est un processus d’épuration qui consiste à identifier ses attachements artificiels pour retrouver de nouveaux attachements plus sains et plus durables.
Créer de l’interdépendance ne consiste pas seulement à être utile aux autres, mais aussi à reconnaître avec humilité les besoins que nous avons nous-mêmes et à accepter de dépendre, à notre tour, de certains.
La deuxième compensation
L’une des plus grandes incompréhensions de l’après succès est de vouloir trouver “plus”, avoir “plus”. 70% des néo-millionnaires indiquent vouloir gagner plus dans leur prochaine aventure. Un phénomène connu sous le nom de la “dépréciation relative” et suffisamment répandu pour que se pose la grande question de “l’assez” en coaching.
Les questions essentielles à évaluer :
“Qu’est-ce qu’avoir assez pour vous ?”
“Et de quoi ?”
L’autre question à régler est bien sûr celle de la compensation. L’accompagnement de l’après succès implique inévitablement de détecter ou de faire émerger une compensation capable de contrebalancer les hyper-compensations de la première partie de vie et de reconnaître que les satisfactions de la première partie de vie ne sont pas compensables en équivalents monétaires ou statutaires.
Mais le véritable tournant intervient lorsque l’on comprend que tout ne demande pas à être compensé : certaines étapes de la vie appellent moins une nouvelle compensation qu’une forme d’acceptation.
Elles posent la question du “Bon High”.
Mais qu’est-ce qu’un bon high ?
C’est souvent un attachement, une activité, mieux encore une expertise qui peut ouvrir les horizons en deuxième partie de vie.
Après tout, personne n’est né un ski ou des crampons au pied, une raquette ou des gants à la main. Il existe quelque part un enfant qui a rêvé et qui a d’autres rêves à rêver. Malcom Gladwell a montré qu’il fallait 10.000 heures pour atteindre et métaboliser un talent. En deuxième partie de vie, l’expertise comme la générativité constituent souvent une magnifique sortie par le haut après les années d’hypersuccès.
Et tout n’est pas à jeter, beaucoup de soft skills athlétiques comme le leadership ou la gestion du stress sont parfaitement transférables à d’autres milieux. Il appartient de les distinguer et de les valoriser.
Le deuil des qualités 1.0
L’après-succès se confond souvent avec l’entrée dans la deuxième partie de vie. Ce qui reste souvent tabou ou ignoré est que cette nouvelle page de vie est marquée par un passage lent du moi au soi. En bref, après un passage liminal parfois fertile ou difficile, on passe on sort de l’ego, des marqueurs extérieurs (médaille, titres, comptes en banques) aux marqueurs intérieurs de satisfaction (sérénité, équanimité, sens, connexions et félicité).
En bref, on passe de l’ego à l’âme.
Mais comment passer de l’ego à l’âme ? Tous les spécialistes des transitions sont unanimes. Il faut accepter d’abandonner des qualités devenues statutaires (j’étais le meilleur dribbleur d’Europe, le meilleur guitariste punk, j’avais le meilleur flow, la meilleure apps iOS de l’année 2015, j’étais le salarié n°6 de Google) pour découvrir des qualités durables capables de vous porter sur une période beaucoup plus longue.
Et pour négocier ce passage, il faut d’abord identifier ses qualités obsolètes. Puis accepter de les abandonner tout en gardant ses qualités “exportables.”
La question devient alors :
Quelles qualités qui t’ont portées jusque-là, acceptes- tu d’abandonner ?
La double question essentielle
Mais la question de la qualité à abandonner n’est pas la seule. Et c’est loin d’être le seul sujet à traiter dans l’après succès. Dans le parcours Second Act il existe une double question qui tue…Et qui fait renaître.
La réponse à cette double question n’est pas évidente. Elle peut être longue, mais elle permet d’initier le lent processus d’abandon des identités éphémères.
Cette double question est la suivante :
Qu’est-ce qui marche superbement et que tu serais fou de changer ?
Qu’est-ce qui ne marche absolument pas et que tu serais fou de ne pas changer ?
Cette double question a une portée éminemment écologique. Elle permet d’entamer le long processus de tri entre son identité assignée et son identité latente.
Aujourd’hui encore , la gestion de l’après-succès est la compétence la plus méconnue de la seconde partie de vie.
C’est pourtant une phase indispensable. Car bien gérer l’après-succès c’est préparer les succès futurs. A cet égard, plus une identité a été nourrie par l’extérieur, le public, l’argent, le statut, plus il faut aussi savoir reconnaître quelles sous-identités “empruntées” tiennent votre futur en otage.
En bref, l’urgence de l’après-succès est d’identifier quel attribut extérieur est devenu votre pierre d’angle identitaire. On ne peut rester “marqueur de but” toute sa vie.
L’après-succès n’est qu’un passage. Un tournant à négocier (souvent avec soi-même). Comme la chenille qui devient papillon, il est vital de découvrir en soi les ressources qui nous porteront plus loin car l’autre vérité de l’après-succès c’est que beaucoup de personnalités hors-normes ou de jeunes célébrités ont l’impression exactement inverse, celle de passer de papillon multicolore à chenille banale.
Il y a tant à découvrir dans la deuxième partie de vie et ceux qui ont franchi avec succès ce passage difficile et fertile peuvent témoigner qu’il s’agit de la vraie aventure. Celle d’une vie authentique et pleine de découvertes.
La première vie construit votre statut.
La seconde construit votre sens.
Clément Marcelet est entrepreneur et ancien responsable chez Airbnb. Premier employé de l’entreprise en France en 2011, il a participé à l’ouverture du bureau parisien avant d’occuper plusieurs rôles internationaux au sein de l’entreprise. À travers Arcanes Productions, il développe aujourd’hui Airlumni, une communauté internationale d’anciens employés d’Airbnb, ainsi qu’un lieu d’hospitalité en Provence. Il s’intéresse aux questions de transmission et aux transitions qui suivent les trajectoires de réussite.
Patrick Kervern est coach et fondateur du cabinet Second Act . Après une longue carrière dans la technologie (Google, Reuters, Dow Jones), Il a également fondé Umanz, media dédié au sens. Il intervient comme speaker en entreprise et auprès des particuliers dans le cadre de Keynotes sur la question du Sens et des softs skills élégants (curiosité, esprit du débutant, art de la conversation, loyauté et nouvelles aspirations de la GenZ.)
Une carrière se gère.
Une existence se vit.
Il y a une gigantesque déconnexion à l’œuvre dans la société. On nous dit qu’il y a un agent IA pour ça, une app pour ça, une pilule pour ça, une posture de Yoga pour ça, mais la vérité c’est que nous n’avons pas mis à jour nos outils intérieurs de décision, de fabrication du sens et de connaissance de soi en deuxième partie de vie, y compris en entreprise, face à une société et des phases de vie qui ont radicalement changé.
Découvrez Second Act, mon cabinet de coaching et de transition de vie, un passeport de sérénité pour la deuxième partie de vie.
Découvrez également le Parcours Edge à destination des dirigeants.
Les Screenthoughts de la semaine
Petit conseil de carrière
À la recherche de la curation
Tu n’as jamais eu le contrôle
Signe des temps et temps des signes
Le plus gros bullshit corporate ? lu cette semaine dans un rapport qui remporte haut la main le WTF d’or de la semaine : “L’IA permettra de faire passer à l’échelle la valeur humaine.”
Le deuxième choc de l’AI : la tinderisation du marché de l’emploi.
Dormez bonnes gens. Dernier avatar du capitalisme sous la peau ou réel progrès ? Des chercheurs du MIT et de Harvard développent la prochaine génération de Targeted Dream Incubation.
Le web vit encore. Les geeks fous furieux de The Pudding le prouvent une nouvelle fois par leur cartographie interactive du bonheur : la happy map.
Ah tiens j’avais oublié de vous dire : pour la plupart des sociétés, le mining de Bitcoin est devenu non-profitable.
Et si l’on retrouvait ce fameux “Organic Feel”. Et si l’on faisait des automates et pas des machines ?
C’est tout pour cette semaine, je vous retrouve la semaine prochaine avec un essai sur un phénomène qui bouillonne et qui remonte tout autour de moi. #spoiler.
D’ici là, gardez le cap 🧭.
Waloyo Yamoni, nous surmontons le vent.
Cette newsletter est avant tout un projet de coeur. De nombreuses personnes et sociétés me demandent souvent : comment travailler ensemble ? La première : “Second Act”, mon cabinet de coaching spécialisé en accompagnement des transitions pro ou perso. Vous pouvez également me solliciter pour des Keynotes en entreprise sur les Soft Skills élégants: le sens du futur, les secrets de l’audace, la curiosité, l’esprit du débutant, l’émerveillement, l’impact, la loyauté, l’art de la conversation etc. Ainsi que des ateliers et séminaires exclusifs pour les comités de direction. Je garde également une activité de conseil en positionnement et en identité d’entreprise issue de mes anciennes activités chez Google, Reuters et Dow Jones. Elle me permet de produire, pour les marques et les entreprises, des positionnements ou des contenus uniques, aussi différenciés que des guitaristes punks dans un orchestre de mariachis.









ça me rappelle cette phrase de Paul McCartney, lue pour la première fois dans son livret de concert en 1989. Il parlait de l'époque des Beatles : It's like if you're an astronaut and you've been to the moon, what do you want to do with the rest of your life? Paul McCartney
Merci pour vos mots....Ils font sens 😊...J'aime énormément vous lire.